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Faute d’amour

sur Cinéma Autres films
Les plus
  • L'impact du scénario
  • L'interprétation exemplaire
  • L'aspect formel saisissant
  • La noirceur
Les moins
  • Mieux vaut éviter un jour de déprime
Niveau
39
Faute d’amour en Blu-Ray
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Avis :

Synopsis : Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre le plus rapidement possible. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser. Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse…

 

Avis Faute d’amour : Un drame puissant, d’une noirceur absolue

Avis Faute d'amour

 

J’avais découvert le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev avec son précédent film Leviathan, sorti en 2014 et qui avait obtenu le Prix du scénario au festival de Cannes ainsi que le Golden Globe du Meilleur film en langue étrangère.

Il s’agit encore aujourd’hui, quatre ans plus tard, de la plus grosse claque contemporaine qu’il m’ait été donné de recevoir : chef-d’oeuvre d’interprétation, d’écriture, et doté d’une beauté formelle hallucinante (mouvements de caméra, photographie, bande-son minimaliste de Philip Glass), Leviathan, qui s’était installé dès les premiers instants de manière durable dans mon esprit, dénonçait avec maestria les travers du système russe ainsi que de son peuple à travers la lutte, vaine, d’une famille des bords de mer de Barents, trahie, broyée et dépossédée par les autorités corrompues.

Drame familial envoûtant, ténébreux, universel et impitoyable, Leviathan m’avait permis de découvrir l’univers de l’un des cinéastes les plus ambitieux et talentueux des années 2000. J’attendais avec une certaine impatience sa prochaine et cinquième réalisation du nom de Faute d’amour qui, comme toutes les autres, s’est encore récemment distinguée avec l’obtention du Prix du jury au festival de Cannes 2017, celle du Prix du meilleur film étranger décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et pour terminer le César du meilleur film étranger lors de la cérémonie de ce début de Mars 2018.

Faute d’amour se déroule de nos jours (années 2010), dans la périphérie de Saint-Pétersbourg, et raconte l’histoire d’une famille de la classe moyenne en train d’exploser. L’histoire semble au premier abord assez classique : un couple d’environ la trentaine divorce, la rupture se passe mal. La cohabitation forcée le temps de vendre l’appartement et de pouvoir enfin passer à autre chose est faite de conflit permanent entre reproches incessants, insultes, haine et mépris qu’on ne cherche même plus à dissimuler.

La mère, Genia, fréquente un oligarque à l’allure sportive (bien qu’un peu plus âgé), tandis que le père, Boris, a déjà mis une jeune femme en cloque. Cette dernière, un peu naïve et à qui il a promis amour et fidélité, est même sur le point d’accoucher… Autant dire qu’on comprend très vite que plus rien ne peut être sauvé de ce couple, pas même leur fils Aliocha, âgé de douze ans à peine et première victime de cet enfer familial. Le petit garçon, unique vestige d’un mariage en ruine, n’est guère autre chose qu’un embarras pour leur future vie. Aucun des deux parents ne souhaite la garde du petit, on se le refile comme un mauvais souvenir… Ils comptent l’envoyer comme pensionnaire dans une « institution » (pas un orphelinat mais presque), et au pire des cas, c’est le juge qui décidera quoi faire de son cas !

Inutile de lui dire, l’enfant a bien compris qu’on ne voulait plus de lui, qu’aux yeux de ses parents il était désormais devenu invisible, tant et si bien qu’il disparaît… Le lendemain d’une énième dispute entre ses parents, Aliocha ne rentre pas de l’école. Boris et Genia, préoccupés par leurs nouveaux amants et leur nouvelle vie, ne remarquent son absence que le surlendemain, suite à un coup de téléphone de la directrice du collège qui s’inquiète de son absence. Les jours passent, et Aliocha demeure introuvable.

La police, qui semble-t-il n’a « pas de temps à perdre à courir après les fugueurs », refuse de partir à sa recherche avant que 15 jours ne se soient écoulés. L’enquêteur, débordé, et qui avoue ne pas s’inquiéter outre mesure de la situation, conseille aux parents de s’adresser à une association locale constituée de bénévoles « spécialisés » dans la recherche d’enfants disparus. Une association qui existe réellement (Liza Alert siège à Moscou mais agit sur l’ensemble du territoire russe : les membres sont pour la plupart des parents d’enfants fugueurs et/ou disparus) et qui est la seule véritable chance de retrouver Aliocha devant l’incapacité de l’Etat conjuguée à l’inaction des forces de l’ordre.

Dès cet instant le film bascule : le réalisateur quitte le huis clos familial dans l’appartement de la cité cossue située à quelques centaines de mètres à peine de la forêt pour nous faire vivre la recherche du petit garçon, tout en dressant un terrible portrait des individus et de nos sociétés d’aujourd’hui, devenu(e)s si individualistes et cruel(le)s qu’incapables d’aimer et de venir en aide à leurs propres enfants. Dans toute cette noirceur il y a tout de même une lueur d’espoir, représentée par ce groupement de recherche des enfants disparus composé d’hommes et de femmes qui font leur maximum sans ménagement ni contrepartie et sont les seuls à redonner foi en l’humanité.

 

Avis Faute d’amour : Une mise en scène qui en dit long…

Avis Faute d'amour

 

Le style qu’Andreï Zviaguintsev et Mikhaïl Kritchman ont réussi à imposer à force de talent et en à peine quinze ans est immédiatement reconnaissable. Le cinéaste et son directeur de la photographie (chef opérateur de tous les films du réalisateur depuis Le Retour sorti en 2003 et récompensé récemment du Prix de la meilleure photographie pour Faute d’amour à la cérémonie des prix du cinéma européen de Berlin) le mettent ainsi à profit dans ce qui est sans doute à ce jour leur film le plus travaillé d’un point de vue esthétique mais aussi le plus puissant.

L’élégance froide et maîtrisée qui fait leur renommée s’illustre dès l’ouverture du film avec ce long plan fixe, angoissant et sublime de la forêt enneigée, traversée par Aliocha pour se rendre de l’école à chez lui. Au pied d’un arbre, dont les racines tordues et apparentes sont recouvertes d’un blanc immaculé, se trouve un morceau rouge et blanc de ruban de signalisation, le même ruban que l’on peut apercevoir aux abords d’une zone interdite, de danger. Le petit garçon, intrigué, le ramasse, l’attache à une branche puis joue avec… Il s’agit là de la première des nombreuses métaphores par l’image du long métrage, comme s’ils souhaitaient d’ores et déjà nous avertir de la dangerosité des lieux et de la tragédie à venir.

La mise en scène oppose dès le début l’immensité de la forêt dans laquelle évolue librement l’enfant aux grands ensembles d’appartements dans lequel il (sur)vit douloureusement avec ses parents. L’intérieur de l’appartement, éclairé de manière naturelle par une grisâtre journée d’hiver, semble tout aussi glacial que la température extérieure. Le cinéaste nous fait visiter les lieux grâce à un plan séquence (art dans lequel excelle Andreï Zviaguintsev) puis soudainement une violente dispute éclate dans la cuisine dès l’arrivée du père.

Nous sommes à environ dix minutes à peine de l’ouverture du film et la dure réalité de ce qu’est devenu le quotidien d’Aliocha nous frappe de la manière la plus violente qui soit via un simple mouvement de caméra (panoramique horizontal), quand l’enfant entend et réalise dans l’indifférence générale que ses deux parents ne veulent plus de lui. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous spoiler mais c’est d’une violence psychologique sans nom, rien que d’y repenser j’en ai encore des frissons ! Je ne suis pas prêt d’oublier cette courte séquence dramatique d’une intensité extrême tellement elle fut difficile à voir, quasi insupportable. Sans le moindre doute la séquence la plus percutante de l’année me concernant.

Les deux heures que dure Faute d’amour ne sont que successions de plans marquants, contemplatifs, remarquablement cadrés et éclairés. Le choix des décors ainsi que la scénographie sont irréprochables. Le talent d’Andreï Zviaguintsev et de Mikhaïl Kritchman nous frappe sans arrêt entre terreur et beauté. Notamment pendant la battue, lorsque le spectateur prend part aux recherches aux côtés du groupement bénévole… Les environs de l’appartement deviennent alors de plus en plus menaçants grâce à leur aptitude à générer une inquiétude grandissante : la neige, belle mais aussi capable de recouvrir le moindre indice, une immense forêt avec des arbres à perte de vue dans laquelle il aurait pu se perdre ou se blesser, un ancien complexe gigantesque de l’époque URSS totalement délabré dans lequel l’eau suinte des plafonds au goutte à goutte et que l’on fouille de la cave jusqu’au toit, le souffle coupé par l’angoisse de découvrir l’irréparable, ou encore une rivière déchaînée propice à la noyade et au fond de laquelle un corps pourrait reposer…

Venus de Russie à l’adolescence et, depuis, installés en France, Evgueni et Sacha Galperine ont composé spécialement pour le film une musique minimaliste et discrète mais qui marque elle aussi par son intensité dramatique. La particularité de cette bande originale est que le réalisateur ne voulait pas que les compositeurs aient vu le film ou lu le scénario avant d’écrire. Ils ont donc dû travailler complètement « en aveugle » proposant leur propre interprétation de l’histoire qu’Andreï Zviaguintsev leur avait simplement racontée au téléphone. Ils n’ont ainsi pu se baser que sur leur propre interprétation du récit et sur les émotions que cela provoquait en eux. Précision et efficacité, du travail d’orfèvre.

 

Avis Faute d’Amour : Des interprétations sobres et justes

Avis Faute d'amour

 

Pas de grand film sans grandes interprétations et autant dire tout de suite qu’avec ce cinéaste c’est toujours une incroyable galerie de personnages qui se dessine au fur et à mesure de l’avancée du récit.

Le petit garçon joué par Matvey Novikov m’a mis une sacrée gifle : il hante la totalité du long métrage de sa présence alors qu’on ne l’aperçoit que durant les quinze premières minutes. Il a probablement le rôle le plus difficile à jouer car c’est autour de lui que le drame se noue mais son travail/talent combiné à la direction d’acteur du réalisateur lui permet de donner le meilleur de lui-même alors qu’il s’agit ici de son tout premier film. Sa prestation magnétique et tout en retenue impressionne. J’espère le revoir chez Andreï Zviaguintsev ou ailleurs dans les années à venir.

Il serait bien trop facile et réducteur de qualifier les parents d’Aliocha (Maryana Spivak et Aleksey Rozin, qui s’était déjà distingué dans Elena et Leviathan) de simples monstres d’égoïsme qu’on devrait stériliser coûte que coûte. Ce n’est d’ailleurs pas le traitement psychologique voulu par Andreï Zviaguintsev à l’écriture du couple : l’écrivain et réalisateur expose à travers le miroir de sa caméra et ne juge pas. Il laisse d’ailleurs volontiers éclater leur humanité sous nos yeux dans une scène insoutenable et profondément marquante que je ne peux dévoiler sous peine de spoil immédiat.

La rencontre forcée entre les parents d’Aliocha, la bénévole du groupement de recherche et la grand-mère chez qui ils pensent que le petit-fils a fugué accouche sur un règlement de comptes mère-fille qui fait froid dans le dos. La vieille dame interprétée par Natalya Potapova est à des années-lumière de la matriochka aimante et bienveillante de la famille traditionnelle russe. C’est au contraire une personne pleine de rancoeur, de haine et d’amertume. Quelques minutes à peine suffissent à comprendre l’origine de l’égoïsme de sa fille et du manque d’amour répercuté sur le petit… Glaçant !

Faute d’amour, c’est également de nombreux seconds rôles tous autant talentueux les uns que les autres. Ce cinéma là n’est pas du genre à laisser quoi que ce soit au fruit du hasard. Aucune erreur de casting ou faiblesse dans l’interprétation à l’horizon.

 

Avis Faute d’amour : Conclusion

Avis Faute d'amour

 

On ne ressort jamais indemne d’une rencontre avec le cinéma d’Andreï Zviaguintsev tant ce dernier impressionne par sa maîtrise et son âpreté.

J’aime tout chez lui : qu’il s’agisse de l’écriture de l’histoire à la fois universelle, intemporelle et implacable ou encore du traitement des personnages toujours impressionnant de justesse et de sobriété, sans oublier l’ensemble de la mise en scène d’une beauté formelle ahurissante.

Si vous appréciez les films qui éprouvent, poussent à la réflexion et s’installent durablement dans nos pensées  alors l’ensemble de la filmographie d’Andreï Zviaguintsev -Faute d’amour en tête- est faite pour vous.

 

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