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Good Time
16

Good Time

sur Cinéma Autres films
Les plus
  • L'histoire et l'humour noir
  • La photographie
  • La bande-son
  • L'interprétation
  • Un New York du quotidien
Les moins
  • Le style frénétique des Safdie qui peut déstabiliser
Niveau
62
Good Time en Blu-Ray
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Avis :

Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York une longue nuit sous adrénaline…

 

Avis Good Time : Les bras cassés montent au braquo, et bien plus encore…

avis good time

Les deux frangins cinéastes que sont Josh et Benny Safdie, dignes représentants du cinéma américain indépendant de la Big Apple, et qui tournaient jusqu’à présent des bobines plutôt fauchées et confidentielles mais pas pour autant dénuées de talent ni d’intérêt (Lenny and the Kids, Mad Love in New York pour ne citer qu’elles) passent à la vitesse supérieure avec Good Time, leur premier film à porter une star en tête d’affiche.

Robert Pattinson, méconnaissable et qui s’est fait une sale gueule presque clochardisée pour l’occasion (visage hyper fatigué, mine ahurie, barbe mal taillée, peau grasse et crasseuse) est Connie Nikas, une petite frappe du Queens, l’un des cinq arrondissements de la ville de New York.Il survit entre combines minables et petite-amie de 56 ans bien gratinée (Jennifer Jason Leigh) qu’il fait semblant d’aimer afin d’être entretenu financièrement. Il a un frère, Nick, qui est fortement retardé/handicapé d’un point de vue mental, et par conséquent contraint de passer par les soins psychiatriques…

Dès l’ouverture du film, la caméra se pose en gros plan sur Nick (interprété avec une justesse sidérante par Benny Safdie), pris au piège d’un questionnaire qui n’a que peu de sens pour lui et qui est énoncé maladroitement par un psychiatre préoccupé à sonder ses (très faibles) fonctions cognitives. Connie débarque sans prévenir dans le bureau et découvre son frère dans la plus grande détresse, en pleurs et complètement démuni après avoir lâché quelques bribes sur son passé, laissant entrevoir l’enfer médico-familial dans lequel il a vécu les trente premières années de sa vie…

Sans parents proches hormis une grand-mère impuissante, les deux frangins ne peuvent compter que l’un sur l’autre. Connie exfiltre donc énergiquement son frère de la séance de thérapie et le « convainc » de l’aider à commettre un braquage qui leur permettrait de réaliser leur rêve : quitter la folie de New York pour démarrer ensemble une nouvelle vie paisible dans une ferme en Virginie… Hélas les deux frangins se font vite rattraper par la réalité après ce hold-up manqué (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler mais il vaut le détour : sans arme, ni haine, ni violence mais comme on peut l’imaginer à des années-lumière du génie d’Albert Spaggiari…).

Exécuté dans l’urgence et la précipitation, le braquage de nos deux bras cassés conduit à l’arrestation de Nick après une course-poursuite avec la police.Les deux frères sont à nouveau séparés : Nick échoue en prison, dans la très tristement célèbre Rikers Island. Il manque 10 000 dollars à Connie pour pouvoir payer la caution de son frère et lui permettre d’échapper à cet enfer. Il n’a alors pas d’autre choix que de trouver cette somme et de remuer Ciel et Terre dans une errance noctambule cauchemardesque qui se transforme peu à peu en course contre la montre dans les bas fonds new-yorkais…

Seulement pendant ce temps-là une fois emprisonné Nick ne se transforme pas en DSK, par conséquent pas de traitement VIP pour lui : l’agneau se retrouve vite jeté en pâture parmi les loups et ne tarde pas à se faire massacrer par ses co-détenus…Hospitalisé sous surveillance policière, il ne peut plus être libéré sous caution. Une dernière option s’offre à Connie : faire évader son frère de l’hôpital.

 

Avis Good Time : Un trip psychédélique et malfamé joyeusement orchestré

avis good time

Le problème avec un long métrage comme Good Time c’est qu’on a hélas vite fait de spoiler alors pour éviter cet affront je vais me contenter de survoler l’intrigue et plutôt approfondir l’aspect formel, notamment la direction artistique ainsi que la mise en scène…Cette dernière est à l’image de Connie, le personnage principal interprété par Robert Pattinson : vive, percutante, parfois violente mais aussi bienveillante quand il le faut.

Dès l’ouverture du film les deux réalisateurs des laissés pour compte imposent leur style avec cette façon de filmer au plus près des corps et des visages : les plans sont gros, les cadrages serrés, cette façon de rapprocher la caméra au plus près des acteurs participe à créer à la fois du réalisme et de l’empathie tout en alimentant également les sentiments de nervosité et d’urgence qui s’emparent du film dès les premières minutes…

Globalement on sent que les réalisateurs ont eu un budget relativement conséquent pour Good Time donc ils se permettent beaucoup plus de choses que sur leurs précédents films pour lesquels ils arrivaient tout juste à payer leurs comédiens. Ici certains plans seront filmés en plan-séquence ou depuis un hélicoptère (les quelques plans aériens ne sont pas là pour montrer un New York de carte postale mais soulignent l’errance des personnages par exemple).

Je vais me souvenir longtemps de l’ouverture du film et de ce braquage minimaliste et réaliste suivi de la course-poursuite qui l’est tout autant. Une montée de tension très efficace et filmée à cent à l’heure, appuyée par la musique électronique expérimentale composée pour l’occasion par Oneothrix Point Never et qui rappelle celle de Tangerine Dream dans le chef-d’oeuvre Thief de Michael Mann. Le New York interlope (en particulier le Queens) constitue un personnage à part entière comme chez Martin Scorsese, Abel Ferrara, James Gray ou encore Darren Aronofsky. Ce n’est pas le New York pour touristes, aseptisé par la répression de l’ancien maire Giuliani, ce New York que le cinéma contemporain a bien trop tendance à nous montrer avec les films bien glamours et embourgeoisés de Woody Allen pour ne citer que lui.

L’univers dans lequel les personnages évoluent respire l’authenticité et est très marqué cinématographiquement, c’est sombre mais aussi paradoxalement très lumineux. Le directeur de la photographie Sean Price Williams compose une esthétique très stylée, toute en néons avec des couleurs explosives et saturées faites de bleus, rouges, verts, et violets alliées à un aspect volontairement rugueux issu du tournage en 35mm.

Le résultat du transfert Blu-Ray est superbe et donne du caractère aux partis pris esthétiques : niveau de détail, colorimétrie, grain argentique, le tout est fort heureusement préservé et permet de profiter au mieux de cette fuite en avant entre cauchemar et fantasmagorie.

 

Avis Good Time : Un casting de vraies gueules qui emporte tout sur son passage

avis good time

Une des principales forces de ce film c’est indéniablement le casting qui est parfait et authentique du plus grand jusqu’au plus petit rôle.

Robert Pattinson enterre définitivement ses années vampiriques saga Twilight et offre sans conteste la meilleure performance de sa carrière.Après avoir enchaîné les rôles exigeants en compagnie d’auteurs reconnus comme David Cronenberg (Cosmopolis, Maps To The Stars), David Michôd (The Rover), Anton Corbjin (Life) ou plus récemment James Gray (The Lost City of Z), il prouve une nouvelle fois l’étendue de son talent en osant s’aventurer sur un terrain où on ne l’attend pas forcément.

Sa prestation est complètement habitée : sur le papier on pourrait facilement penser de lui qu’il ne s’agit finalement que d’un vulgaire truand de bas étage qui en plus de cela abuse tous ceux et celles qu’il rencontre mais il y a une véritable urgence derrière les agissements perpétrés au cours de cette virée nocturne dans les bas-fonds new-yorkais. Son avenir ainsi que celui de son frère dépendent de lui, l’enjeu est énorme et repose entièrement sur ses épaules ce qui rend le personnage assez difficile à cerner car attachant, inquiétant et imprévisible à la fois, prêt à tout pour s’en sortir.

Benny Safdie (qui se retrouve donc devant et derrière la caméra) place la barre également très très haut avec ce rôle du frangin handicapé mental : lorsque les larmes se mettent à couler sur son visage et que l’on s’imagine la souffrance dans laquelle il se trouve face au psychiatre on ne peut qu’avoir de l’empathie pour lui. Le gros plan sur son faciès abattu, son regard désemparé, sa détresse…Une séquence qui restera longtemps dans ma mémoire tant il impressionne par la justesse de son jeu dans ce rôle pas évident et pour lequel il est tout sauf caricatural.

L’autre acteur qui est également une vraie révélation à mes yeux, c’est Buddy Duress. Si je parle trop de son rôle c’est le spoil assuré donc je vais me contenter de dire quelques mots sur l’homme…Avec Good Time les frères Safdie lui offrent une composition de premier plan, explicitement écrite pour lui. Il y a trois ans il vivait dans la rue entre deux incarcérations à Rikers Island pour des délits liés à la drogue… Il était lui-même un criminel qui a réussi à rester en cavale environ un an avant de se faire rattraper par les autorités.

Il joue le rôle de Ray, un type en liberté conditionnelle qui vient à peine de se faire libérer et qui reprend le flambeau de l’histoire aux côtés de Robert Pattinson pour la seconde moitié du film. Son interprétation est complètement folle, il n’a presque pas besoin de jouer étant donné qu’il s’agit là de son propre vécu et d’un passé encore récent. En me renseignant sur lui je suis tombé sur une excellente interview sous forme de portrait, entièrement traduite en français, je vous invite à la lire ici car je n’arriverai jamais à lui faire honneur aussi bien que l’article qui lui est consacré.

Au niveau des seconds rôles on croise Jennifer Jason Leigh (« Daisy Domergue » dans The Hateful Eight de Quentin Tarantino), Barkhad Abdi (« Muse », le terrifiant leader des pirates somaliens dans Captain Phillips de Paul Greengrass), les nombreux fans de OZ la série mythique d’HBO reconnaîtront également Craig muMs Grant alias « POET » ainsi que Necro, fier représentant du hardcore hip-hop new-yorkais depuis maintenant presque 20 ans.

Good Time c’est également une faune de gueules qu’on croirait castées dans la rue une minute avant que la prise ne soit tournée et si pas castées dans la rue, au minimum chez les non-professionnels. Certains personnages jouent tout simplement leur propre rôle (je pense aux dealers, au « bondsmen » le garant de caution judiciaire, ou encore à la grand-mère et sa petite-fille).

 

Avis Good Time : Conclusion

avis good time

Premier contact pour ma part avec l’univers bien particulier des frères Safdie et l’évidence de leur talent m’a tout de suite sauté à la figure. Je suis ressorti du film complètement sonné et enthousiaste à la fois, avec l’envie pressante de le revoir une seconde fois.

Comme n’importe quel autre long métrage Good Time n’est pas parfait (le scénario aurait peut-être gagné à s’attarder un peu plus sur certains personnages ou à resserrer l’intrigue par exemple) mais le film n’en reste pas moins une vraie expérience de cinéma, qui prend aux tripes et apporte du sang neuf voire ressuscite le film de grosse galère des années 70/80.

Que ce soit sur le plan du montage, de la réalisation, des interprétations, de la photographie, de la musique et du sublime final qui me donne encore des frissons, on sent l’investissement maximum de la part de l’équipe du film et l’authenticité de chaque instant couplée à la maîtrise technique ne peuvent laisser indifférent.

 

Laisser un commentaire 4 commentaires
Niveau 151
Héros Légendaire

Hey ,

Honnêtement ce film m’a pas mal surpris/chamboulé, il m’a fallu un deuxième visionnage à une semaine d’intervalle du premier pour pouvoir prendre le recul nécessaire pour en parler (deuxième visionnage encore meilleur que le premier).

Je pense que c’est typiquement le film qu’on adore ou pas mais qui, quoi qu’il en soit, ne peut laisser indifférent.

J’y repense assez souvent et prendrai clairement plaisir à le revoir, n’hésitez pas à partager votre avis si jamais ça vous tente…

 

Niveau 264
Héros Légendaire

Bonne critique une fois de plus 😉 tu présentes bien les enjeux du film. Perso ça a été un de mes récents « plaisirs » ciné ces derniers mois et une petite claque inattendue. Je ne connaissais pas du tout les frères Safdie n’ayant rien vu d’eux auparavant, j’avais juste été intrigué par le fait que le film avait fait parler à Cannes. Autant dire que dorénavant je vais suivre avec attention leur carrière, toutes proportions gardées ça m’a fait penser à du Winding Refn (époque Pusher) avec cette sorte de mise en avant des laissés pour compte / marginaux. Sans oublier les jeux de lumière évidemment. ^^

Marrant que tu fasses référence aux films des années 70 aussi, totalement dans l’esprit, une sorte de Mean Streets de notre époque.

Niveau 151
Héros Légendaire

Thanks diamk, i appreciate :-).

Pareil que toi, totalement étranger à leur univers, je ne connaissais les Safdie que de réputation via Mad Love in New-York sorti précédemment mais à force d’entendre parler de Good Time et de le voir truster les premières places des différents classements de fin d’année je me suis laissé tenter…Bien m’en a pris car pour une fois la « hype » était méritée !.

Je viens de voir Mad Love in New-York du coup et je te le conseille vivement comme tu as aimé Good Time : on retrouve encore ce côté « brut de réalisme » dans la façon de filmer avec ce tournage « guérilla » et le casting recruté directement dans la rue, un petit côté rétro/Panique à Needle Park étant donné le lieu et l’histoire et comme d’hab’ des interprétations complètement hallucinantes (Buddy Duress, Necro, Arielle Holmes et surtout Caleb Landry Jones sévèrement allumé^^).

Dans les bonus du blu-ray de Mad Love il y a un petit reportage très intéressant d’une vingtaine de minutes sur le tournage et l’univers Safdie en général, leur façon de faire, le fait qu’ils étaient tous bénévoles sur Mad Love faute d’argent, que seuls les comédiens ont pu toucher une petite rémunération etc.

Bien vu la comparaison avec l’univers de NWR, si jamais tu regardes Mad Love tu penseras encore plus à Pusher du coup et concernant Good Time on peut même penser à Drive pour sa sublime photographie nocturne/urbaine.

L’influence « Scorsesienne » est fortement présente chez eux, à tel point que Martin Scorsese est la première personne citée dans les remerciements du générique de fin de Good Time, on peut penser à Mean Streets et aussi à After Hours que je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder.

Dans les bonus du blu-ray de Good Time il y a un entretien avec les Safdie de 35 minutes durant lesquelles ils reviennent sur l’ensemble de leur parcours ainsi que sur leurs influences, ils n’arrêtent pas de se couper la parole tellement la passion les anime, c’est assez drôle à regarder et ça lâche des noms de réal’ ou de films à chaque phrase, de quoi agrandir d’un sacré coup sa liste de films à regarder…

Merci d’avoir partagé ton avis et au plaisir de te relire ;-).