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Jusqu’à la garde

sur Cinéma Autres films
Les plus
  • Le scénario implacable
  • La mise en scène anxiogène
  • La direction d'acteur irréprochable
  • Un premier film coup de poing
Les moins
  • Mieux vaut éviter un jour de déprime
  • Une ou deux maladresses
Niveau
16
Jusqu’à la garde en Blu-Ray
16.45 € @ Amazon
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Avis :

! Attention présence de petits spoilers !

Synopsis : Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive…

 

Avis Jusqu’à la garde : Un premier film oppressant et maîtrisé

avis jusqu'à la garde

 

Jusqu’à la garde est le premier long métrage écrit et réalisé par Xavier Legrand. Il s’était déjà illustré quelques années auparavant avec son court métrage Avant que de tout perdre, sélectionné aux Oscars et récompensé aux César. Avec son premier long, le réalisateur a fait sensation à la Mostra de Venise, au point de remporter le Lion d’argent du meilleur réalisateur ainsi que le Lion du futur qui récompense le meilleur premier film.

C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais la sortie en support physique; d’autant plus que les critiques lues ça et là étaient -à quelques rares exceptions près- toutes d’accord pour dire qu’il s’agissait du meilleur film français vu depuis belle lurette et sans aucun doute l’un des meilleurs de l’année.

Jusqu’à la garde, pour un premier film, n’est évidemment pas parfait -et n’a de toute manière pas la prétention de l’être- mais il m’a vraiment impressionné grâce à son scénario extrêmement réaliste qui fait froid dans la dos, sa mise en scène sobre, efficace et dépouillée ainsi que son interprétation qui prend aux tripes…

Le film démarre de manière glaciale, en huis clos dans le bureau d’une juge aux affaires familiales. Miriam et Antoine Besson, alors en pleine séparation, se disputent accompagnés de leurs avocats respectifs la garde de Julien, leur enfant âgé de seulement onze ans. Dans leurs dépositions, les deux enfants du couple -y compris Joséphine la fille aînée à l’aube de ses dix-huit ans- témoignent contre leur père et manifestent le souhait de ne plus jamais le revoir.

La mère, prétextant des pressions incessantes sur elle et ses enfants ainsi que des violences perpétrées dans le passé, demande la garde exclusive. Le père, abasourdi par la situation, pense que ses enfants sont manipulés et demande la garde alternée. Il est même prêt à changer de travail et à déménager pour se rapprocher de sa progéniture. La juge, qui ne sait pas « lequel des deux parents ment le plus », ne peut encore dire avec certitude si les torts sont partagés ou si la balance penche d’un côté. Qui ment ?. Qui a raison ?. Comment décider du sort d’une famille dont on ne connaît ni la réalité, ni les coulisses ?. La juge remet le délibéré à plus tard puis décide, dans le doute, d’accorder au père la garde alternée.

La suite de l’histoire ne prend pas la direction d’un énième film de plus sur le divorce. Ce n’est pas non plus le portrait d’un enfant victime de l’individualisme de ses parents comme dans l’excellent Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev. Le long métrage de Xavier Legrand, filmé comme un thriller, permet de plonger petit à petit durant une heure et demie dans la sombre psyché d’un père de famille qui se révélera progressivement comme étant quelqu’un de malade/dérangé; une sorte de pervers narcissique manipulateur et menaçant, poussé à bout et prêt à tout pour arriver à ses fins, qui traque son ex-femme comme un prédateur traquerait sa proie…

 

Avis Jusqu’à la garde : Une réalisation simple mais redoutable d’efficacité 

avis jusqu'à la garde

 

Le spectateur est complètement immergé dans le film, et ce dès le huis clos introductif. Le premier quart d’heure dans le bureau de la juge des affaires familiales donne tout de suite le ton : la plaidoirie des deux avocates représente le cauchemar absolu de n’importe quel parent et laisse le spectateur autant dubitatif que la juge quant à la véracité des versions proposées.

Le récit part alors sur une zone d’indécision car il est clairement impossible -pour la juge comme pour nous- d’extraire la vérité des témoignages de chacun des personnages. Le père est-il vraiment un homme jaloux et possessif qui exerce une pression à la fois sur son ex-femme et ses enfants ?. La mère n’en fait-elle pas trop en voulant couper les ponts de façon définitive ?. Cette interprétation totalement floue des intentions des uns et des autres permet d’installer de la confusion et renforce d’emblée la tension dramatique.

La mise en scène, minimaliste, est complètement au service du récit. On a vraiment l’impression de se trouver au coeur du film, aux côtés des différents protagonistes, tant la caméra sait se faire discrète dans sa manière de filmer « à hauteur d’homme ». Gros gros travail sur la captation des voix mais aussi sur les sons ambiants : les « bips » des ceintures de sécurité qui ne sont pas mises ou le bruit des clignotants lors des trajets avec le père et le fils, la sonnette de l’interphone du nouvel appartement de la mère, l’écho de ce dernier, le vacarme infernal de l’ascenseur, une alarme, un téléphone qui sonne…

Xavier Legrand parvient brillamment à installer de l’angoisse grâce à de nombreux éléments du quotidien, pas seulement dans une scène mais durant tout le film. Et pour un premier essai cette démarche ingénieuse et rigoureuse impose clairement le respect. On sent que le danger peut survenir à n’importe quel moment. Mention spéciale à la fête d’anniversaire de la fille aînée où, en plan séquence, le réalisateur parvient à faire naître une menace sourde mais bien présente au beau milieu de l’atmosphère joyeuse… Les quinze dernières minutes sont absolument terrifiantes mais c’est dommage et après coup un peu frustrant que l’immersion et la montée en puissance soient interrompues par ces plans de coupe avec le policier au bout du fil. Cette petite maladresse m’empêche de considérer ce premier film comme une totale réussite.

 

Avis Jusqu’à la garde : Des interprétations bouleversantes

avis jusqu'à la garde

 

Le gros point fort du long métrage c’est la direction d’acteur extrêmement maîtrisée, avec notamment une révélation : Denis Ménochet. On pouvait déjà le croiser brièvement dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino; il interprétait le rôle de Perrier LaPadite, le fermier français qui cachait la famille de Shosanna et se faisait interroger par le Colonel Hans Landa en introduction.

Dans Jusqu’à la garde l’acteur se sert de son physique massif et de son regard glacial pour prendre le dessus sur son entourage et rendre toutes les situations en sa présence plus intenables les unes que les autres. Il aimerait croire -et faire croire- qu’il a changé mais ses démons sont plus forts que lui. Une véritable bombe à retardement, désemparée mais prête à exploser sous nos yeux…

Face à lui on retrouve la comédienne Léa Drucker qui arrive à imposer avec talent sa présence fragile mais déterminée. Son rôle de cette femme courageuse mais aussi apeurée qui est prête à tout pour sauver ses enfants des griffes de l’ogre Ménochet est tout simplement bouleversant.

Le petit garçon est interprété avec un naturel saisissant par Thomas Gioria, dans ce qui constitue aujourd’hui sa première apparition au cinéma. Il s’en sort à merveille avec ce rôle pourtant très éprouvant. On peut lire la peur panique dans son regard et sentir toute la détresse dans laquelle il se trouve face à son père. Un personnage lui-aussi remarquablement écrit et interprété, qui fera tout son possible pour éloigner sa mère du danger…

Jusqu’à la garde c’est également toute une galerie de seconds rôles interprétés comme il se doit : la soeur aînée et son petit copain, la juge, les avocates, la voisine âgée, les grands-parents etc.

 

Avis Jusqu’à la garde : Conclusion

avis jusqu'à la garde

 

Je suis très admiratif de ce que Xavier Legrand parvient à faire ressentir avec ce premier film globalement très maîtrisé. L’écriture du scénario, l’efficacité de la réalisation, l’interprétation dirigée et exécutée avec une précision chirurgicale… Les qualités ne manquent pas et font de Jusqu’à la garde un des meilleurs films français que j’ai pu voir récemment.

Je ne vais pas vous le cacher, je suis sorti de la séance home-ciné pas mal secoué et je pense sincèrement ne pas me tromper en clamant haut et fort qu’il est un réalisateur à suivre de très près. Hâte de découvrir son court métrage (présent sur le Blu-Ray aux suppléments bien fournis), qui est une sorte de prologue à l’histoire racontée dans Jusqu’à la garde.

 

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