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La Vengeance aux deux visages

sur Classiques Cinéma
Les plus
  • L'histoire
  • La mise en scène
  • L'interprétation
  • Les lieux de tournage
  • La musique d'Hugo Friedhofer
Les moins
  • Le rythme lent et contemplatif ainsi que l'histoire d'amour peuvent déplaire
Niveau
13
La Vengeance aux deux visages en édition prestige Blu-Ray
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Avis :

Synopsis : Trois truands américains braquent une banque dans un village mexicain avant d’être pourchassés par la police locale. Le premier est abattu, tandis que les deux autres, « Kid » Rio (Marlon Brando) et Dad Longworth (Karl Malden), parviennent à s’enfuir. Parti chercher de l’aide, Longworth abandonne son camarade et détale avec le magot. Trahi et cerné de toutes parts, Rio est arrêté. Lorsqu’il parvient à s’évader cinq ans plus tard de la prison de Sonora, il n’a qu’une seule idée en tête : se venger de son ancien acolyte, reconverti en shérif d’une ville californienne…

 

Avis La Vengeance aux deux visages : Unique réalisation de Marlon Brando

avis la vengeance aux deux visages

 

Sorti dans les salles de cinéma en 1961, La Vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks) est le seul passage de l’autre côté de la caméra du très talentueux Marlon Brando (Le Parrain/Apocalypse Now). La genèse du projet est une des plus chaotiques de l’histoire du cinéma américain…

C’est d’abord à Sam Peckinpah, futur scénariste et réalisateur de nombreux grands films -dont le western La Horde sauvage– qu’est confiée l’écriture du script. Il s’y consacre de nombreux mois mais est finalement écarté du projet par Marlon Brando. La mise en scène est quant à elle remise à Stanley Kubrick mais Brando, acteur réputé « difficile », se heurte vite à un artiste encore plus perfectionniste que lui et décide de se débarrasser du trop exigeant Kubrick afin de réaliser lui-même le long métrage.

Avec le financement du célèbre studio Paramount, Brando arrive à obtenir pour la production du film un budget initial d’environ deux millions de dollars -ce qui est très confortable pour l’époque- ainsi qu’un tournage d’une durée fixée à six semaines. Au bout du compte le budget sera multiplié par trois et le tournage durera non pas six semaines mais six mois…

Son perfectionnisme maladif combiné à son inexpérience derrière la caméra l’entraînent à user des kilomètres et des kilomètres de pellicule, tant et si bien que le premier montage -inexploitable en l’état- totalise une durée avoisinant les cinq heures. Le studio décide alors d’intervenir manu militari et de remonter le film, ce qui ramène sa durée à presque la moitié soit 02h21… C’est cette version « raccourcie » qui est présentée à l’époque au cinéma et qui est encore aujourd’hui la seule disponible. Il n’existe malheureusement plus aucune trace de la version de presque cinq heures voulue par Brando.

 

Avis La Vengeance aux deux visages : Un western maudit et mutilé mais captivant

avis la vengeance aux deux visages

 

Contrairement au western « traditionnel » dans lequel le héros trahit retrouve son ennemi dans un duel final qui lui permet d’assouvir sa vengeance, ici Rio retrouve rapidement Longworth. S’ensuit une guerre psychologique assez intense entre les deux anciens complices : ils se mentent et bluffent en se retrouvant, chacun pensant ainsi faire croire à l’autre qu’ils font table rase du passé et se réconcilient alors que nous savons d’emblée que Rio n’a que la vengeance en tête et qu’elle est devenue son unique raison de vivre.

L’oeuvre de Brando est innovante et singulière car elle n’hésite pas à conjuguer violence physique et psychologique avec un certain romantisme contemplatif. Le cadre est pour le moins assez insolite pour un western car, en plus des paysages désertiques mexicains aperçus en début de film, nous avons droit à une grande partie de l’histoire se déroulant au bord de l’océan Pacifique, dans la ville de Monterey en Californie. Le réalisateur utilise ces décors naturels de façon remarquable et fait de la mer déchaînée un personnage à part entière, notamment dans les scènes de repos au village des pêcheurs ainsi que celles dans lesquelles se noue la relation entre Rio et Louisa, la belle-fille de Longworth qu’il « manipule » mais dont il finit par tomber amoureux.

On peut apercevoir tout au long du film quelques éléments qui préfigureront le western-spaghetti : le personnage de Marlon Brando communique peu et porte souvent un poncho, ce qui n’est pas sans rappeler l’accoutrement du futur « homme sans nom » interprété par Clint Eastwood pour la trilogie du dollar de Sergio Leone. L’adjoint du shérif se cure les dents avec des allumettes; un des hors-la-loi mange de façon répugnante une pastèque pendant que Rio se fait larder de coups de fouet en place publique… L’humour noir, les éclairs de violence et les trognes inquiétantes sont également de la partie.

 

Avis La Vengeance aux deux visages : Des interprétations remarquables

avis la vengeance aux deux visages

 

Marlon Brando dévore littéralement l’écran comme à son habitude. Le scénario permet à son personnage d’évoluer de manière assez complexe et ambigüe. Il est très intéressant d’un point de vue psychologique car on ne saurait pas dire de prime abord s’il est bon ou mauvais. L’acteur est tout simplement parfait dans ce rôle du grand bandit taiseux et tourmenté. Il lui donne toute la dimension qu’il mérite grâce à la justesse de son jeu.

Dans le rôle du traître nous retrouvons un Karl Malden à la fois dégoûtant et attachant. Ce dernier n’a pas à rougir de sa prestation et donne encore une fois le meilleur de lui-même face à Brando. Les deux acteurs se connaissent bien, s’étant déjà donnés la réplique quelques années auparavant dans Un tramway nommé Désir et Sur les quais, tous deux réalisés par Elia Kazan.

Du côté des seconds rôles la barre est également bien haute. Honneur aux dames avec des compositions impeccables de Katy Jurado et Pina Pellicer, respectivement épouse et belle-fille du traître Longworth. La plupart du temps les femmes n’avaient pas droit à une écriture très travaillée de leurs personnages dans le western, leurs apparitions à l’écran étaient pour le moins « anecdotiques ». Ce n’est pas du tout le cas ici avec deux beaux rôles de femmes fortes et complexes.

Comme dans tout bon western qui se respecte on a droit à du méchant de qualité : Ben Johnson, dont le visage particulièrement inquiétant nous ferait immédiatement changer de trottoir, fait preuve encore une fois d’un charisme dingue. Ce n’est pas un hasard si des réalisateurs de talent comme John Ford ou Sam Peckinpah ont fait appel à lui. Slim Pickens sait également se faire détester en adjoint du shérif fourbe et manipulateur. On le retrouvera également chez Kubrick ou Peckinpah.

 

Avis La Vengeance aux deux visages : Conclusion

Malgré le découpage/remontage effectué en catastrophe à l’époque par les producteurs, l’unique réalisation de Marlon Brando tient très bien la route. Dommage qu’il n’ait plus jamais mis les pieds derrière une caméra tant l’évidence de son talent en tant que réalisateur saute à la figure.

Un western assez atypique et audacieux qui bénéficie d’un vrai sens de la mise en scène ainsi que d’une direction d’acteurs irréprochable. Le rythme parfois lent et contemplatif ainsi que le romantisme du film peuvent déplaire mais cela permet d’apprécier encore plus la violence sèche qui frappe sans prévenir.

Les amateurs du genre auraient franchement tort de se priver, d’autant plus que le transfert Blu-Ray est vraiment impressionnant. Et pour cause : le film a été entièrement nettoyé -sans que l’aspect « pellicule » ne soit dénaturé- puis restauré en 4K à partir des négatifs originaux soigneusement conservés. Le tout sous la supervision et la bienveillance de Martin Scorsese et de Steven Spielberg.

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