Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Trololo
Search in pages
Bons plans
Tests
Avis des joueurs
Guide d
18

Manhunter

sur Classiques Cinéma
Les plus
  • La maestria de Michael Mann et Dante Spinotti
  • La rigueur scénaristique
  • L'interprétation de haut vol
  • L'univers sombre mais poétique
Les moins
  • Musique qui, parfois, a pris un coup de vieux
  • Face à face final un peu expéditif
Niveau
19
Manhunter en Blu-Ray
19.99 € @ Amazon
Voir l'offre

Avis :

Synopsis : Aux Etats-Unis, l’agent fédéral William Graham vit retiré de ses obligations professionnelles depuis qu’il a été gravement blessé par le dangereux psychopathe cannibale Hannibal Lecter (appelé Lecktor dans ce film), incarcéré par la suite à vie dans un hôpital psychiatrique pour ses crimes sanglants.

Jack Crawford, un ancien collègue du FBI devenu directeur des sciences du comportement, le contacte pour qu’il l’aide à arrêter un tueur en série, Dragon Rouge, qui assassine des familles entières lors des nuits de pleine lune. Pour réussir sa mission, Graham va se mettre à penser comme le meurtrier et va notamment consulter, dans ce sens, le détenu Hannibal Lecter, éminent psychiatre s’il en est malgré sa démence. Ce dernier pourrait détenir certaines informations susceptibles d’aider Graham…ou inversement…

 

Avis Manhunter : Premier thriller de Michael Mann

avis manhunter

 

Manhunter (Le Sixième Sens) est le troisième long métrage de Michael Mann après Thief (Le Solitaire) et The Keep (La Forteresse Noire). Le film est une adaptation de Dragon Rouge, le roman de Thomas Harris publié en 1981. Il s’agit là de la première apparition à l’écran du tueur en série Hannibal Lecter. Nous sommes en 1986, à cette époque Michael Mann n’est pas encore le réalisateur connu, apprécié et respecté de tous. Il est l’auteur de Thief, un premier film de casse très réussi et novateur, ainsi que de The Keep, sa seule incursion dans le genre fantastique, mutilée au montage par les studios et qui constitue aujourd’hui la seule plaie encore ouverte dans la carrière du cinéaste.

Dino De Laurentiis, riche producteur indépendant, tombe sur le roman policier Dragon Rouge, achète les droits, puis le fait découvrir à Michael Mann. Ce dernier, complètement fasciné par ce qu’il estime être sans contexte le récit le plus original et le plus excitant qu’il lui ait été donné de lire jusque-là, commence, aussitôt la lecture terminée, à travailler à son adaptation cinématographique. Michael Mann est davantage séduit par la personnalité de l’enquêteur Will Graham, sorte de profiler avant l’heure, que par celles des tueurs en série que sont Hannibal Lecktor et Francis Dollarhyde (alias Dragon Rouge). C’est pourquoi il ne se contente pas d’adapter tel quel le roman de Thomas Harris mais réécrit en partie le scénario.

Will Graham est un ancien agent du FBI à qui l’on doit l’arrestation d’Hannibal Lecktor. Terriblement doué pour traquer et démasquer les dégénérés de la pire espèce, mais également profondément marqué par le fait d’avoir été agressé physiquement lors de l’arrestation du psychanalyste cannibale, il a pris une retraite anticipée et vit aujourd’hui paisiblement en bord de mer avec sa famille après un difficile mais réparateur séjour en hôpital psychiatrique. Son ancien partenaire Jack Crawford fait pourtant de nouveau appel à lui lorsque surgit un nouveau tueur en série, Dragon Rouge, qui décime des familles entières dans des accès de folie se manifestant les nuits de pleine lune. D’abord réticent, Graham va néanmoins accepter de reprendre du service et se replonger ainsi dans les ténèbres où il devra recroiser la route du fameux Hannibal Lecktor.

On retrouve dans ce thriller pas mal des thématiques du cinéma de Michael Mann : quelqu’un de rigoureux et virtuose dans son domaine (le cambrioleur de Thief, le profiler de Manhunter, les flics et braqueurs de Heat, le tueur à gages de Collatéral, le pirate informatique de Hacker) qui va se perdre et se confondre avec ce qu’il pourchasse… L’un des aspects les plus intéressants du film étant le fait que Graham doive de plus en plus s’identifier au tueur pour les besoins du profilage, au risque d’y laisser sa santé mentale ou pire encore. Pour chasser sa proie criminelle il n’a pas d’autre choix que de s’immiscer dans l’esprit du détraqué pour mieux appréhender ses faits et gestes, comprendre ce qu’il est et à quelles pulsions il obéit s’il veut avoir une chance de le démasquer avant qu’il ne récidive. Ses projections mentales dans la psyché de Dragon Rouge lui font perdre peu à peu ses repères et place son personnage constamment sur le fil du rasoir.

 

Avis Manhunter : L’un des plus beaux films de son réalisateur

avis manhunter

 

Chez Michael Mann, la crédibilité et la véracité de l’histoire sont deux données fondamentales qui vont toujours de pair avec un aspect formel très recherché et poussé, générateur d’une ambiance qui lui est propre et constitue en quelque sorte la signature du réalisateur : photographie aux teintes bleutées et métalliques, lofts à la décoration froide et minimaliste donnant sur d’immenses baies vitrées derrière lesquelles se dresse un univers à la fois onirique et crépusculaire, jeu avec les couleurs ainsi qu’avec la symbolique qu’il leur accorde, sens du cadrage spectaculaire, à la fois géométrique et pictural… L’esthétisation de l’image, exemplaire, avant-gardiste, et qui fait de Manhunter un véritable manifeste formel des années 1980 aux côtés de To Live and Die in Los Angeles, doit également beaucoup au travail du directeur de la photographie Dante Spinotti.

Pour son premier long métrage américain et sa première collaboration avec Michael Mann, le directeur de la photographie découvre un cinéaste porté par une vision extrêmement précise de tout ce qui doit entrer dans le champ de la caméra. Dans Manhunter, ils voulaient donner une forme concrète aux émotions ressenties par les personnages mais aussi par les spectateurs. Rien n’est là « pour faire beau », la stylisation extrême se combine toujours avec le réalisme de l’univers dépeint. Les deux hommes laissent s’exprimer tout leur art visuel et sont capables de faire ressentir de nombreuses émotions sans même une seule ligne de dialogue. Cette première rencontre entre les deux génies que sont Michael Mann et Dante Spinotti n’est que le début d’une belle et fructueuse aventure qui se poursuivra durant de nombreuses années avec Le Dernier des Mohicans, Heat, Révélations et Public Enemies.

Au niveau du son (eighties oblige) on retrouve pas mal de morceaux pop et rock de l’époque. Si l’on peut éventuellement reprocher les goûts musicaux du réalisateur, il n’empêche que les musiques choisies participent souvent à l’impact émotionnel du film, que ce soit par le rythme mais aussi par les paroles. Michael Mann sélectionne toujours avec beaucoup de soin les morceaux sans se soucier de savoir si ces derniers passeront le cap des années ou non. C’est tout à son honneur mais il faut reconnaître que certains titres vieillissent moins bien que d’autres et prêtent un peu à sourire aujourd’hui (le closing track « Heartbeat » de Red7 par exemple).

 

Avis Manhunter : Un casting peu connu à l’époque mais néanmoins très fort

avis manhunter

 

William Petersen, futur Gil Grissom de la série Les Experts, tient le rôle titre avec le personnage de l’enquêteur/profiler Will Graham. Michael Mann connaît son potentiel car il lui avait déjà confié un petit rôle quelques années plus tôt dans Thief. Là il vient juste de tourner dans To Live and Die in Los Angeles de William Friedkin qui est encore en post-production, sa carrière est donc sur le point de décoller avec deux apparitions en premier plan de deux chefs-d’oeuvre emblématiques des 80’s. Il démontre une fois de plus toute l’étendue de son talent dans un rôle aux antipodes de celui du flic inconscient et crâneur du film de Friedkin. Complètement habité par le personnage, l’acteur arrive à faire naître sensibilité, génie, vulnérabilité et même une certaine part de folie dans une interprétation toute intériorisée qui force le respect. Le cinéaste entretient constamment et soigneusement la part de mystère qui entoure le personnage, peut-être le plus beau et le plus abouti de toute la filmographie de William Petersen.

Hannibal Lecktor est brillamment interprété par le comédien écossais Brian Cox, qui, quelques années avant Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux, aura l’honneur de créer à l’écran un personnage promis à un bel avenir. Le face à face entre Graham et Lecktor dans la cellule est d’anthologie : le personnage de Lecktor est ironique, serein, désinvolte, manipulateur, constamment en embuscade, en quête d’indices qui lui permettront de piéger Will Graham. Brian Cox est glaçant et très crédible dans son interprétation du mal à l’état pur , combiné à une intelligence supérieure à la moyenne (n’oublions pas qu’il est psychanalyste avant d’être un tueur sadique et cannibale). Les scènes en sa compagnie sont parmi les meilleures du film et on est autant soulagé que Graham de quitter sa compagnie.

C’est l’acteur Tom Noonan, au physique impressionnant (2 mètres de haut !), qui incarne le tueur en série Francis Dollarhyde alias Dragon Rouge. Michael Mann lui impose une discipline très stricte et décide de l’isoler de tout le reste de l’équipe du film afin qu’il puisse plus facilement rentrer dans la peau de son personnage. Pas question qu’il adresse la parole à quiconque ni même que quelqu’un lui parle sauf absolue nécessité. Hormis les deux assistants réalisateurs, qui devaient l’appeler Francis comme le faisait d’ailleurs Michael Mann, les autres obéissaient à une consigne notifiée dans un mémo : interdiction de l’aborder et de le regarder dans les yeux. Si quelqu’un ne l’appliquait pas, il était viré sur le champ. L’acteur avouera avoir eu des difficultés à quitter définitivement cette seconde peau… Sa composition originale, terrifiante (et pourtant toute en retenue et mélancolie), marque également l’esprit des spectateurs. Son personnage est bien plus complexe qu’il n’y paraît : il a même droit à une incroyablement belle et inattendue histoire d’amour avec une collègue de travail aveugle qui nous permettra d’en savoir plus sur son esprit tordu et dérangé. On reverra Tom Noonan régulièrement après ce premier grand rôle, que ce soit au cinéma (Last Action Hero : le psychopathe avec la hache…) ou dans les séries TV (X-Files, Damages, Hell On Wheels, Quarry...).

Joan Allen interprète avec sobriété et justesse une jeune femme frappée de cécité qui tombe amoureuse de Dragon Rouge. L’actrice ne ménage pas ses efforts et donne satisfaction à Michael Mann lorsque ce dernier lui demande pour les besoins de son rôle d’intégrer une semaine durant une association d’aide aux aveugles. Elle a droit à une des scènes les plus belles du film en compagnie d’un tigre ! (sous tranquillisant mais bien vivant). Joan Allen, guidée par Tom Noonan, pose sa tête le long du corps du félin allongé sur une table d’examen vétérinaire et se met à écouter ses pulsations… Impressionnante visuellement mais aussi émotionnellement car on prend conscience à travers cette scène de toute l’ambiguïté de la personnalité de Dragon Rouge, qui est (ou plutôt était) bien plus qu’un simple psychopathe sans coeur ni âme.

Les seconds rôles assurent également bien comme il faut, on retrouve Dennis Farina (Get Shorty, Il faut sauver le soldat Ryan, Snatch…) en directeur des sciences du comportement mais aussi Stephen Lang (Public Enemies, AvatarDon’t Breathe…) méconnaissable en paparazzi victime de Dragon Rouge.

 

Avis Manhunter : Conclusion

avis manhunter

 

Manhunter, bien que novateur (au début des années 1980 on ne parlait pas encore de serial killer ni de profiler…), fit hélas un flop commercial à sa sortie, comme beaucoup d’autres films emblématiques de cette époque accueillis froidement dans les salles (Sorcerer, To Live and Die in Los Angeles, Blade Runner, The Thing etc). Le temps faisant bien les choses, ces longs métrages se retrouvent aujourd’hui largement réévalués voire même élevés au panthéon du septième art. La critique française ne se trompe pas et voit déjà toute l’étendue du talent de Michael Mann : le film est salué comme il se doit et remporte le Prix de la critique au Festival du film policier de Cognac en 1987.

Manhunter n’a pas volé sa place parmi les plus grands thrillers et me semble être, avec Heat, le film le plus abouti de son réalisateur, qui n’hésite pas à expérimenter, prendre des risques et se mettre en danger. Un incontournable à voir et à revoir d’autant plus que le Blu-Ray (jusqu’à présent inédit en France) tient très très bien la route (pour une fois ESC éditions n’a pas joué les apprentis-sorciers avec le matériel et a donc respecté scrupuleusement l’oeuvre, chose assez rare les concernant et qui par conséquent mérite d’être soulignée).

 

Laisser un commentaire 1 commentaire
Niveau 122
Héros Légendaire

Désolé pour les illustrations antédiluviennes en basse définition qui ne rendent pas justice au film et encore moins au Blu-Ray…

Nous n’avons malheureusement pas pu héberger de photos du film en haute définition pour des questions de copyright…

Vous pouvez trouver le test technique du Blu-Ray et les captures qui vont avec ici : http://www.blu-ray.com/movies/Manhunter-Blu-ray/143441/#Review

(Le transfert Blu-Ray français est identique au transfert Blu-Ray US)

Réagir

Vous devez vous connecter pour réagir.

S'inscrire Se connecter