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Que Dios nos perdone

sur Classiques Cinéma
Les plus
  • Scénario osé, puissant et dérangeant.
  • Atmosphère soignée, oppressante et tendue.
  • Noirceur à toute épreuve.
  • Interprétations exemplaires.
  • Fin digne de ce nom.
Les moins
  • Contexte politique et sociétal un peu en retrait.
  • Rythme qui oscille entre enquête et vie privée.
  • Pas passé loin de la parfaite montée en puissance...
Niveau
76
Que Dios nos perdone Blu-Ray
19.99 € @ Fnac
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Avis :

Que Dios nos perdone : Une histoire glauque, prenante, riche et sans concession

Film espagnol réalisé par Rodrigo Sorogoyen en 2016 et diffusé dans nos salles en Août 2017, Que Dios nos perdone (Que Dieu nous pardonne en français) raconte la traque d’un psychopathe s’en prenant non pas à de jeune et jolies latinas mais à de pauvres femmes âgées, veuves, esseulées et sans défense.
L’histoire se situe au cours de l’été 2011, dans une capitale espagnole en ébullition : plongée en pleine crise économique, confrontée à l’émergence du mouvement des « Indignés » ainsi qu’à la visite imminente du Pape Benoît XVI, Madrid se retrouve par-dessus tout en proie à un tueur en série d’un genre bien « particulier »…
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme formé par Javier Alfaro (Roberto Alamo) et Luis Velarde (Antonio de la Torre) se retrouve chargé de l’enquête. Les deux inspecteurs (sous pression politique/hiérarchique et religieuse) sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion… Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?.
En décidant d’ancrer l’enquête criminelle dans l’actualité de son pays (ce qui n’est pas sans rappeler The Nile Hilton Incident de Tarik Saleh, sorti à peu près au même moment), le scénariste et réalisateur madrilène Rodrigo Sorogoyen et la co-scénariste Isabel Peña confèrent une dimension réaliste encore plus percutante à leur intrigue.
Madrid est littéralement assiégée entre les manifestations anti-gouvernementales liées à la crise économique et les deux millions de catholiques rassemblés pour la venue du Pape lors des « JMJ » se déroulant en ce mois d’Août caniculaire. Nos deux flics sont appelés à se rendre dans un vieil immeuble de l’hyper centre : une femme âgée y est retrouvée morte dans l’escalier qui mène à son appartement, les premières constatations effectuées portent à croire qu’il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné…
Seulement, en y regardant de plus près, aucun objet de valeur n’a été dérobé dans l’appartement sauf les sous-vêtements contenus dans un tiroir de la garde-robe. La culotte que portait la victime n’y est plus elle aussi et pour couronner le tout un viol a été commis. Le spectateur est prévenu : ce meurtre sera le point de départ d’une descente aux enfers rythmée par la poursuite d’un serial-killer dont les meurtres gérontophiles rivalisent d’outrage et d’obscénité.
La personnalité des deux enquêteurs, plongés à leur grand désarroi dans cette affaire sordide, ne sera pas laissée pour compte…Il apparaît rapidement que le cinéaste s’intéresse autant à cette dernière qu’à la traque elle-même. Alfaro (incarné par Roberto Alamo) est l’exemple type du flic ibérique « macho » : torse bombé, muscles saillants, arrogant, vulgaire et porté sur la clope et la bouteille. Aucun de ses collègues ne peut l’encadrer car en proie à de sérieux accès de violence (à deux doigts de perdre son insigne pour avoir quasiment rendu borgne l’un d’entre-eux lors d’une mise au point un peu trop musclée). Outre son comportement auto-destructeur et un goût prononcé pour la violence il reste un excellent détective et a bon fond bien que sur la corde raide, à deux doigts de rompre…
Velarde (incarné par Antonio de la Torre) est l’exact opposé : bègue depuis l’enfance c’est quelqu’un d’introverti, très intelligent mais aussi complexé  et handicapé par son incapacité à interagir correctement avec le monde qui l’entoure. Il fait penser à un surdoué présentant une forme d’autisme voire de syndrome d’Asperger…
Ses collègues éprouvent malgré leurs moqueries concernant son bégaiement une certaine forme de respect pour lui (son intelligence et sa « vista » les surclassant).
Deux personnalités beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît, profondément humaines car aussi braves que faibles, qui peinent à lutter contre leurs démons et la folie qui les entoure et qui essaieront de trouver leur salut durant les deux heures d’investigation. Je ne vais pas insister sur le profil du tueur (très intéressant et habilement interprété au demeurant) pour ne pas vous spoiler mais ce dernier est comme vous pouvez vous en douter particulièrement malsain et effrayant en plus d’être tristement crédible. Il n’a rien à envier aux pires dégénérés de l’histoire du 7éme art.

Une mise en scène percutante, variée, soignée et réaliste

Pour le début du film à savoir la présentation des personnages ainsi que de l’environnement dans lequel ils vont évoluer le réalisateur fait le choix judicieux de « cadrer serrer » en tournant caméra à l’épaule afin de rester à hauteur d’homme. Rassurez-vous ce n’est pas « The Shield », ça ne bouge pas dans tous les sens et par conséquent ne fatigue pas. C’est même plutôt bien joué car l’immersion se fait plus rapidement et de manière plus intense. L’impression de les suivre, d’être au coeur de l’action et de découvrir les « événements » en même temps qu’eux est bien présente.
Une fois le cadre installé et la « chasse » ouverte Rodrigo Sorogoyen adoptera un style beaucoup plus élégant et stylisé. La photographie (tantôt bleutée dans les intérieurs sombres ou parfois jaunâtre/délavée) soignée du film convient parfaitement pour représenter à l’écran la crasse caniculaire de ce centre-ville madrilène labyrinthique ainsi que celle de ces nombreux appartements délabrés dans lesquels l’horreur fait place.
Il convient aux âmes sensibles de s’abstenir car rien ne nous est épargné : les corps séniles brutalisés et autopsiés ainsi que la scène d’approche puis d’assaut du psychopathe sur une des victimes du troisième âge fraîchement rencontrée me donnent encore froid dans le dos… D’une efficacité redoutable, filmée sans distance ni complaisance pour un réalisme glaçant.
Un crime quelle que soit la victime est toujours odieux mais il l’est d’autant plus quand il s’agit d’assister au déroulement de la mise à mort de quelqu’un qui ne peut se défendre. Rien de gratuit, pas de spectaculaire ni de surenchère (pas de gore), juste une réalité filmée de manière cohérente et terrifiante. Le réalisateur a le sens du détail (la scène du « miroir », le dîner au restaurant filmé à hauteur de table pour ne citer qu’eux) et un talent indéniable comme en témoignent certains plans séquences et courses poursuites. Sur le plan formel il n’y a rien à dire c’est très soigné et varié…
La bande-son composée pour l’occasion par le français Olivier Arson sera utilisée avec efficacité et parcimonie. Electronique, froide, sobre, inquiétante et incisive. Elle ménagera le suspens et accompagnera avec efficacité les grands moments de tension du récit…

Conclusion

Très bonne surprise que ce thriller espagnol efficace et haletant venu jouer les troubles fêtes dans nos salles l’été dernier et en support physique en cette période des fêtes de fin d’année. Il fallait vraiment oser autant de noirceur…Rodrigo Sorogoyen et la co-scénariste Isabel Peña l’ont fait sans sourciller. Seules quelques petites touches d’humour bien placées viendront brièvement soulager le spectateur.
La fin vraiment parfaite que je me garderai de dévoiler est l’apothéose de ces deux heures de film durant lesquelles un portrait on ne peut plus sombre des hommes sera dressé…Les interprétations des deux enquêteurs incarnés par Roberto Alamo et Antonio de la Torre sont à saluer ainsi que celle, subtile et effrayante, du tueur oedipien joué par Javier Pereira. Les amateurs se régaleront c’est certain, certes certaines scènes sont difficiles à supporter mais on sait à quoi s’attendre et c’est le genre qui veut ça…
Une franche réussite !.

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