GameKey Card Nintendo : et si Nintendo revenait sur sa décision ?

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Quand Nintendo a annoncé ses GameKey Cards pour la Switch 2, je n’ai pas sauté au plafond. Pas seulement parce que le concept me laissait déjà perplexe, mais surtout parce que, soyons honnêtes, cette console ne propose pour l’instant aucune vraie killer app pour justifier l’investissement. Pas de nouveau Mario, pas de Zelda inédit, juste quelques suites annoncées et un Cyberpunk en 64 Go qui sent plus l’exploit technique que le game-changer. Mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est cette drôle d’idée d’un format physique… sans rien dedans. Une GameKey Card Nintendo rouge à puce NFC qui oblige à télécharger l’intégralité du jeu. Six mois plus tard, il semble que je n’étais pas le seul à avoir tiqué.

 

Le mirage du faux physique

 

Présentées comme une alternative moderne aux cartouches traditionnelles, les GameKey Cards étaient censées offrir le meilleur des deux mondes. Possibilité de prêter, de revendre, d’exposer fièrement une boîte sur son étagère. Et pourtant, à l’usage, c’est tout l’inverse. Car la GameKey Card, c’est un bout de plastique qui ne contient aucune donnée. Pas de jeu. Pas de bonus. Pas de promesse tenue.

Dès l’insertion dans la console, la Switch 2 télécharge l’intégralité du titre depuis l’eShop. Résultat : il faut une bonne connexion, beaucoup d’espace de stockage… et de la patience. Pour les zones rurales, les joueurs sans fibre ou ceux qui n’ont pas envie de remplir leur carte microSD Express avec des titres de 80 Go, c’est un calvaire. Pire encore, ces cartes ne garantissent en rien l’accès à long terme. Si Nintendo coupe ses serveurs ou retire le jeu ? Adieu la partie. La carte devient alors une coquille vide, un artefact sans valeur ni utilité, que même la Bibliothèque nationale du Japon refuse de considérer comme un support de conservation.

 

Des ventes en berne, sauf pour Nintendo

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Le public n’a pas tardé à réagir. Les chiffres de ventes sont sans appel : au Royaume-Uni, 86 % des jeux physiques Switch 2 vendus au lancement étaient des titres Nintendo… uniquement parce que Mario Kart World était inclus dans un bundle. Aux États-Unis ? 68 %. Et sans bundle, Nintendo occupe toujours 48 % du marché physique. Les tiers, eux, sont relégués à la marge. Seule exception notable : Cyberpunk 2077 Ultimate Edition, qui ose la cartouche complète de 64 Go et se hisse parmi les meilleures ventes.

En Espagne, c’est encore plus violent. Un titre comme Cronos : The New Dawn s’est vendu à… 300 exemplaires sur Switch 2, contre 2 800 sur PS5. Oui, vous avez bien lu. Un rapport de 1 à 9. Les joueurs multiplateformes ne se posent même plus la question : ils achètent sur PlayStation ou Xbox, où les Blu-ray complets sont toujours la norme.

 

Cartes chères, valeur nulle

 

Le plus ahurissant reste peut-être le prix. Car les GameKey Cards sont vendues au même tarif, voire plus cher, que des éditions complètes sur d’autres plateformes. Certains jeux atteignent les 80 à 90 €, pour une boîte contenant… un code, parfois même accompagné de DLC sous forme de coupons expirant au bout de deux ans. Des éditions “collector” où l’on collectionne surtout les déceptions.

De leur côté, les éditeurs justifient ce choix par le coût des cartouches 64 Go, estimé à environ 16 $ l’unité. Les GameKey Cards, elles, coûtent quelques centimes et permettent de figurer en rayon tout en étant comptabilisées dans les ventes digitales. Le beurre, l’argent du beurre et le sourire du joueur naïf. Capcom, par exemple, classe ces ventes comme du “digital” dans ses rapports financiers. Subtil, mais cynique.

 

Une base de fans en rupture

 

Ce calcul économique ignore cependant un détail fondamental : le public de Nintendo. Ce public, c’est celui des collectionneurs, des familles, des passionnés. Ceux qui veulent prêter une cartouche à un cousin, offrir un jeu à Noël, ou conserver leurs titres comme des souvenirs d’enfance. Une cartouche complète, c’est un bout d’histoire. Une GameKey Card, c’est une location déguisée.

La résistance est d’ailleurs plus forte au Japon qu’ailleurs. Là-bas, 70 % des joueurs achètent encore leurs jeux en boîte. L’introduction des GameKey Cards a provoqué des vagues de mécontentement sur les forums, les réseaux sociaux, et jusque dans les ventes de titres comme Disgaea 7 Complete, qui a littéralement coulé à sa sortie.

Et que dire de la communication de Nintendo ? La firme avait promis que ses jeux first party ne seraient pas concernés. Puis Pokémon Pokopia débarque en GameKey Card. Panique, colère, perte de confiance. Ce n’est plus une fissure, c’est un gouffre.

 

Des éditeurs qui préfèrent la cartouche, malgré tout

 

Il faut pourtant souligner que certains éditeurs montrent la voie inverse. CD Projekt Red, encore eux, ont expliqué qu’ils voulaient “faire ce qui est juste pour les joueurs” avec Cyberpunk 2077. Une version complète, plug-and-play, sans téléchargement. Le succès a été au rendez-vous. De même, Limited Run Games ou Lost In Cult s’opposent frontalement au format GameKey, affirmant qu’ils publieront toujours leurs éditions sur cartouche, même si cela demande plus de temps et coûte plus cher.

Car au final, une cartouche complète a plusieurs avantages évidents : elle peut être conservée, prêtée, vendue. Elle a une valeur dans le temps. Elle rassure sur la préservation de l’œuvre. Et elle permet de proposer des éditions collectors justifiées, avec un vrai contenu à l’intérieur.

 

Un retour en arrière ? Les signes d’un virage stratégique

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Depuis novembre 2025, plusieurs signaux laissent penser que Nintendo commence à revoir sa copie. Les sondages se multiplient. Les critiques s’intensifient. Et surtout, une rumeur lancée par Inin Games et relayée par Kotaku évoque le retour de cartouches 16 et 32 Go. Moins chères à produire, elles permettraient aux éditeurs de sortir des versions complètes à prix modéré. Un tweet maladroit de l’éditeur annonçait même R-Type Dimensions III sur cartouche… avant d’être supprimé à la demande de Nintendo.

Les chiffres parlent aussi. Le rapport financier de novembre 2025 montre des ventes physiques faibles et un recul des ventes digitales. Sur les 20,62 millions de jeux vendus, l’écrasante majorité sont des jeux Nintendo. Les autres peinent à exister. Et lorsque les ventes de jeux ne suivent pas celles des consoles (10,36 millions de machines écoulées), il est temps de reconsidérer la stratégie.

 

Vers un modèle hybride ?

 

Nintendo pourrait donc proposer un compromis : conserver les GameKey Cards pour certains titres, mais permettre aux éditeurs d’opter pour des cartouches complètes, moyennant un surcoût. Une version GameKey à 70 €, une version cartouche à 80 ou 85 €. Le joueur choisit. L’éditeur s’adapte. Et surtout, l’emballage doit indiquer clairement ce que contient la boîte. Pas de mauvaise surprise comme avec Little Nightmares 3, dont la version GameKey avait été découverte… après l’ouverture des précommandes.

Une alliance avec des éditeurs spécialisés comme Limited Run ou Lost In Cult permettrait aussi de proposer des versions collectors sur cartouche complète, avec des tirages limités pour les fans. Car oui, les joueurs Nintendo sont prêts à payer plus cher pour un support physique authentique. Ils l’ont prouvé avec The Witcher 3, avec Cyberpunk 2077, avec chaque édition collector qui respecte leur attachement à l’objet.

 

Conclusion GameKey Card Nintendo : un faux pas rattrapable

 

Les GameKey Cards avaient de bonnes intentions. Mais elles cumulent aujourd’hui les défauts : inutilisables sans Internet, sans valeur à long terme, trop chères pour ce qu’elles offrent, mal comprises par un public fidèle et exigeant. Nintendo, qui mise pourtant sur l’attachement émotionnel de ses fans, ne peut ignorer la fracture.

Un retour aux cartouches intégrales, même partiel, serait un geste fort. Une manière de restaurer la confiance, de soutenir les éditeurs tiers, et de redonner de la valeur au support physique. Dans un monde qui dématérialise tout, parfois jusqu’à l’absurde, offrir du concret, du durable, du tangible… c’est peut-être ça, finalement, le vrai futur du jeu vidéo.

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Sources utilisées pour l’article :

  • Nintendo – Support officiel : explication du fonctionnement des GameKey Cards et nécessité de télécharger les jeux.
  • Nintendo Life – “Forget Switch 2 Game Key‑Cards – ‘Full On‑The‑Cart Physical Releases’ Are What People Want, Says Publisher Lost In Cult” : article montrant que 70 % des lecteurs ne prévoient pas d’acheter des GameKey Cards et appel d’un éditeur à privilégier les cartouches complètes.
  • Nintendo Life – “Nintendo Is ‘Acting To Protect The Industry’ With Switch 2 Game‑Key Cards, Says Ex‑Capcom Composer” : article où le compositeur Masakazu Sugimori défend les GameKey Cards mais reconnaît qu’elles ne sont pas éligibles à la préservation selon la Bibliothèque nationale du Japon.
  • Nintendo Life – “Limited Run Talks Switch 2 Game‑Key Cards, Huge Carts & Difficult Pitches” : interview du PDG de Limited Run Games qui affirme que ses éditions standard seront toujours sur cartouche et explique pourquoi certains éditeurs choisissent les GameKey Cards.
  • Nintendo Life – “Capcom Is Recording Switch 2 Game‑Key Card Purchases As Digital Sales” : article expliquant que Capcom comptabilise les ventes de GameKey Cards comme du digital.
  • Nintendo Life – Rapport sur les faibles ventes des jeux tiers au lancement de la Switch 2 (via That Park Place/The Game Business) : données indiquant que 86 % des ventes physiques au Royaume‑Uni (avec bundle) et 68 % aux États‑Unis étaient des jeux Nintendo.
  • GamesRadar+ – “As fans reject Switch 2 game‑key cards, former Nintendo marketing leads say it’s unlikely that physical games will ever go away” : article où d’anciens responsables marketing expliquent que Nintendo sait que les fans tiennent au support physique et qu’il continuera d’exister malgré les GameKey Cards.
  • NotebookCheck – Série d’articles sur la Switch 2 :
    • “Developers of third‑party Switch 2 games express frustration, with Game‑Key Cards a concern” (septembre 2025) – développeurs tiers et fans critiquent la limitation aux GameKey Cards.
    • “Nintendo surveys players about Game‑Key Cards as criticisms mount” (juillet 2025) – sondages sur les préférences des joueurs.
    • “Hopes for cheaper cartridges fade” (octobre 2025) – souligne que les cartouches 64 Go coûtent environ 16 US$ et que l’espoir de cartouches moins chères s’amenuise.
    • “PS5 tops Nintendo Switch 2 sales for first time in November” (décembre 2025) – mention du rapport Circana indiquant des ventes moindres de Switch 2 en novembre.
    • “Using Switch 2 Game‑Key Cards exclusively would be a mistake, according to Cyberpunk 2077 developer” (mai 2025) – interview de Jan Rosner (CD Projekt Red) qui défend le physique et rappelle que les cartouches coûtent 16 US$.
  • Vice – “Nintendo’s new Game‑Key Cards aren’t going over well” (décembre 2025) : article soulignant le mécontentement des fans et les appels au boycott.
  • Wccftech – “Game‑Key Cards Are Not Going Away” (décembre 2025) : article expliquant que malgré l’arrivée de cartouches de plus petite capacité, le coût élevé des matériaux maintiendra l’usage des GameKey Cards.
  • Kotaku – “Switch 2 Dev Explains Why It’s Ditching Game Key Cards Thanks To Nintendo” (décembre 2025) : article sur l’éditeur Inin Games révélant brièvement l’existence de nouvelles cartouches plus petites avant de se rétracter.
  • That Park Place / The Game Business – “Switch 2 Third‑Party Games Flop at Launch While Nintendo Titles Dominate Sales” : article récapitulant les données de lancement et listant les raisons des faibles ventes tiers.

 

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