Il y a des séries qui arrivent au bon moment et qui frappent juste. Stranger Things a clairement été de celles-là. En 2016, la claque est réelle : une petite ville paumée, des gosses à vélo, une menace invisible et ce parfum de cinéma des années 80 qui parlait immédiatement à toute une génération. Mais avec le recul, inutile de tourner autour du pot : la série a bel et bien perdu en qualité. Pas d’un coup, pas brutalement, mais de manière progressive, jusqu’à diluer ce qui faisait son identité. Et plus on avance, plus l’évidence saute aux yeux : trois saisons étaient largement suffisantes.
Une formule efficace… tant qu’elle reste maîtrisée
Au départ, Stranger Things repose sur une écriture resserrée et une idée simple, presque modeste. La saison 1 fonctionne parce qu’elle raconte une histoire claire, avec un début, un milieu et une fin. Les épisodes sont relativement courts, le rythme est tendu, et chaque scène a une utilité. Le mystère intrigue sans être sur-expliqué, et la série fait confiance au spectateur.
Les saisons 2 et 3 prolongent cette approche avec plus ou moins de réussite, mais l’ensemble tient encore debout. La mythologie s’étoffe, les personnages grandissent, et l’on sent déjà que l’enfance touche à sa fin. La saison 3, malgré ses excès, agit presque comme un point final naturel : la menace principale est stoppée, Hawkins est profondément marquée, le groupe se sépare, Hopper disparaît. Narrativement, la série pouvait s’arrêter là sans frustration majeure.
C’est à partir de ce moment précis que la mécanique commence à grincer.
Une perte de rythme et de précision
Avec la saison 4, le changement est flagrant. Les épisodes s’allongent de façon déraisonnable, les intrigues se multiplient, et le récit se disperse. Là où Stranger Things brillait par son efficacité, elle devient lourde, bavarde, parfois complaisante. Les scènes s’étirent, les dialogues se répètent, et certaines sous-intrigues donnent clairement l’impression de remplir du temps d’écran.
La série cherche à se donner une ampleur cinématographique, mais elle en oublie les bases de l’écriture télévisuelle. La tension se dilue, l’urgence disparaît, et le spectateur n’est plus porté par l’histoire : il doit s’accrocher. Certaines idées restent intéressantes, certains personnages fonctionnent encore, mais l’ensemble manque de rigueur. On ne resserre plus, on empile.
La saison 5 ne corrige pas vraiment ces dérives. Découpée en plusieurs parties, elle pousse encore plus loin cette logique de surenchère. Les scènes finales s’enchaînent, les conclusions s’accumulent, et la série donne l’impression de vouloir tout dire, tout montrer, tout expliquer. Résultat : un final long, souvent appuyé, qui fatigue plus qu’il ne marque.
Stranger Things : Quand la série devient un produit
Ce glissement s’explique aussi par la transformation de Stranger Things en machine commerciale. À partir d’un certain point, la série ne raconte plus seulement une histoire : elle entretient une marque. Produits dérivés, projets annexes, univers étendu : tout pousse à prolonger artificiellement l’aventure. Et cela se ressent à l’écran.
Les personnages évoluent peu, certains arcs sont étirés jusqu’à l’usure, et les prises de risques sont limitées. Il faut ménager les fans, préserver les figures emblématiques, quitte à figer les situations. Les longues pauses entre les saisons aggravent encore le problème : plusieurs années d’attente pour des personnages qui, eux, restent coincés dans des dynamiques parfois infantiles. Le décalage devient évident, et nuit à la crédibilité de l’ensemble.
Stranger Things : trois saisons, et une vraie cohérence
S’arrêter après trois saisons aurait permis à Stranger Things de rester une série forte, compacte et mémorable. L’histoire aurait conservé son énergie, son mystère et son émotion, sans sombrer dans l’excès. Les saisons suivantes n’ont pas été dénuées d’intérêt, mais elles ont clairement affaibli l’ensemble, en sacrifiant la précision de l’écriture au profit du spectacle et de la durée.
À trop vouloir prolonger l’expérience, la série a perdu une partie de son âme. Ce n’est pas un effondrement brutal, mais une érosion constante. Et c’est sans doute ce qui rend le constat le plus frustrant : Stranger Things avait tout pour devenir une référence intemporelle. Elle a préféré devenir un marathon, là où elle brillait surtout par sa concision.
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