En 2021, Sony rachetait Nixxes Software, studio néerlandais spécialisé dans les portages PC, pour structurer durablement sa présence sur la plateforme. C’était un signal fort : pas une expérimentation, mais un investissement industriel. Cinq ans plus tard, Hermen Hulst, CEO de la PlayStation Studio Business, a annoncé lors d’un réunion interne interne le 18 mai 2026 que les jeux narratifs solo des studios PlayStation ne sortiront désormais plus sur PC. Jason Schreier, qui avait déjà publié un article Bloomberg sur le sujet dès le 4 mars dernier, a confirmé cette annonce via ses réseaux sociaux.
Pour ceux qui espéraient donc voir Ghost of Yotei ou les futures exclus solo débarquer un jour sur Steam, la réponse est désormais officielle : c’est terminé. En tout cas pour le moment.
Exclusivités Playstation sur PC : ce que Sony avait construit, et ce qu’il abandonne
Il faut reconnaître que Sony avait posé les bases d’une stratégie cohérente depuis le début des années 2020. Horizon Zero Dawn avait ouvert le bal en 2020, et la réception positive de ce premier portage avait manifestement encouragé la firme à structurer une vraie offre sur PC. S’en étaient suivis, à un rythme progressif, God of War, Days Gone, Marvel’s Spider-Man et ses suites, Uncharted Legacy of Thieves Collection, Sackboy, Returnal, Ghost of Tsushima, God of War Ragnarök, Horizon Forbidden West, The Last of Us Part 1, The Last of Us Part 2 Remastered et Spider-Man 2. Pour assurer ces portages, Sony avait même racheté en juillet 2021 le studio néerlandais Nixxes Software, spécialisé dans l’exercice, qui avait su livrer des versions techniquement solides.
Sony avait donc construit, à ses frais et en connaissance de cause, une infrastructure entière dédiée à une stratégie qu’il vient d’abandonner. Ce que devient Nixxes Software dans ce nouveau contexte, Sony ne l’a pas précisé. Aucune communication officielle n’a d’ailleurs accompagné ce changement de cap. Sony a préféré laissé fuiter plutôt que de communiquer, ce qui en dit peut-être autant sur la nature de cette décision que la décision elle-même.
Ce que les résultats financiers éclairent
Sony a publié ses résultats pour l’exercice 2025/2026 le 8 mai dernier. Sur cette période, l’ensemble des ventes de jeux PlayStation sur plateformes tierces (PC, Xbox et Switch confondus) a généré environ 546 millions d’euros, sur un chiffre d’affaires global de Sony Interactive Entertainment d’approximativement 25 milliards d’euros. Présenté ainsi, le chiffre n’est pas négligeable dans l’absolu. Mais il traduit une réalité comptable précise : la présence PC ne constituait pas un levier de croissance suffisamment significatif rapporté à l’ensemble de l’activité.
Il faut également comprendre que Sony est avant tout une entreprise dont le modèle console repose sur un écosystème fermé et interdépendant. Vendre un jeu sur Steam ou Epic Games Store, c’est laisser Valve ou Epic prélever leur commission, là où une vente sur le PlayStation Store génère une marge bien plus favorable à Sony. Par ailleurs, Bloomberg relevait dans son article de mars que certains au sein de PlayStation estimaient que la mise à disposition des jeux sur PC risquait de nuire à l’image de la console et de freiner les ventes de PS5. Le calcul économique et stratégique allait donc structurellement contre le PC.
Il est également utile de replacer cette décision dans son contexte d’origine : la politique d’ouverture au PC avait démarré en 2020, en pleine pandémie, dans un contexte de boom du gaming PC, et alors que la PS5 était quasi introuvable pendant deux ans. Ouvrir les exclusivités au PC à ce moment-là avait une logique conjoncturelle. Ce contexte n’existe plus : la PS5 se porte bien en terme de ventes. Ce qui avait du sens en 2020 n’en a plus nécessairement en 2026.
Une règle qui ne s’applique pas à tout le catalogue
Il serait inexact de lire cette décision comme un retrait total de Sony du marché PC. La restriction concerne uniquement les jeux solos développés en interne par les PlayStation Studios. Des titres publiés par Sony mais produits par des studios tiers ne sont pas concernés : la suite de Kena, intitulée « Scars of Kosmora » est également attendue sur PC en 2026. Le titre avait été annoncé simultanément sur PS5 et PC avant le changement de politique.
Les jeux en ligne et multijoueur continueront également de sortir sur PC. La logique est ici différente : ces titres dépendent généralement d’une communauté de joueurs active et large pour fonctionner, et se couper du PC affaiblirait leurs modèles même.
Cette distinction révèle quelque chose d’intéressant sur la manière dont Sony définit les contours de sa décision. Ce qui est protégé, c’est le patrimoine développé en interne, le catalogue qui incarne directement la marque PlayStation. Les partenariats externes obéissent à d’autres logiques contractuelles, et Sony n’a visiblement pas cherché à les contraindre. Le périmètre est précis, et il ne doit rien au hasard.
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