Parc Dragon Ball Z près de Paris : un projet viable sur le long terme ?

L’annonce a rapidement fait le tour du monde des parcs à thème. Lors de la visite d’État du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Paris, Emmanuel Macron a confirmé un accord franco-saoudien autour de la construction d’un complexe de trois parcs à thème près de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. L’investissement annoncé atteint 6 milliards d’euros, avec environ 22 000 emplois à la clé. Parmi les projets évoqués figure un parc Dragon Ball Z, sur le site de l’ancien Mirapolis, premier grand parc à thème français, fermé en 1991. Sur le papier, l’idée a tout d’un événement majeur. Dans les faits, plusieurs obstacles restent encore à franchir avant de pouvoir parler d’une nouvelle destination incontournable en Europe.

 

Deux projets Dragon Ball portés par le même acteur

 

Pour comprendre l’importance de cette annonce française, il faut revenir à mars 2024. La Qiddiya Investment Company, société soutenue par le fonds souverain saoudien, annonçait alors la construction du premier parc Dragon Ball au monde, à Qiddiya City, près de Riyad.

Le projet saoudien prévoit un parc de plus de 500 000 m², réparti en sept zones thématiques. Les visiteurs pourraient notamment retrouver des lieux associés à l’univers de Dragon Ball, comme Kame House, la Capsule Corporation ou encore la planète de Beerus. Plus de trente attractions sont annoncées, avec une attraction majeure intégrée dans une représentation de Shenron haute de 70 mètres.

Le projet est aujourd’hui en développement à Qiddiya City. Deux ans plus tard, le même acteur saoudien se retrouve donc associé à un deuxième projet Dragon Ball, cette fois aux portes de Paris.

Selon les informations communiquées autour de la visite officielle, l’idée aurait notamment émergé dans le cadre d’échanges entre les dirigeants français et saoudien autour de leur intérêt pour la culture japonaise et les mangas. Dragon Ball occupe évidemment une place particulière dans cet imaginaire. La géopolitique emprunte parfois des chemins étonnants, surtout lorsqu’elle croise les souvenirs de plusieurs générations de joueurs et de passionnés de pop culture.

Le projet français ne se limiterait toutefois pas à un parc Dragon Ball. Il s’agirait d’un complexe réunissant trois parcs sur un même site, avec une ambition touristique et industrielle beaucoup plus large. Cette configuration pourrait permettre de proposer une offre suffisamment importante pour retenir les visiteurs plusieurs jours, plutôt que de miser uniquement sur une visite à la journée.

 

Le principal obstacle concerne les droits Dragon Ball

 

C’est ici que le projet devient beaucoup plus complexe. Au moment où l’annonce française a été rendue publique, les détenteurs japonais des droits de Dragon Ball n’avaient pas encore confirmé leur feu vert pour le parc français.

Les droits autour de la franchise impliquent plusieurs acteurs majeurs, parmi lesquels Shueisha, Bird Studio, Toei Animation et Bandai Namco. Chacun intervient avec des rôles différents selon les œuvres, les produits et les exploitations commerciales concernés.

Obtenir l’autorisation d’utiliser Dragon Ball dans un parc à thème européen représente donc une négociation particulièrement sensible. Un protocole d’accord à plusieurs milliards d’euros autour de trois parcs peut parfaitement exister sans que toutes les licences nécessaires à leur exploitation soient déjà définitivement sécurisées.

C’est tout le paradoxe de cette annonce. Le projet français existe sur le papier, son financement est annoncé et son ambition industrielle est réelle. Mais son argument le plus spectaculaire dépend encore de l’obtention des droits nécessaires.

Autrement dit, le parc est annoncé avant que Dragon Ball ne soit définitivement acquis. Pour un projet de cette ampleur, ce point ne relève pas du simple détail administratif. Il peut conditionner l’identité même de l’un des trois parcs et, par conséquent, une partie de son potentiel commercial.

 

Une franchise capable de durer plusieurs décennies

 

Si la licence est finalement obtenue, la question de la viabilité à long terme mérite d’être posée. Dragon Ball est-il suffisamment solide pour faire vivre un parc pendant plusieurs décennies, comme Disneyland ou le Parc Astérix ?

Plusieurs éléments jouent en faveur de la franchise. Dragon Ball est né en 1984 et fête donc ses 42 ans en 2026. Surtout, la marque continue d’alimenter une activité commerciale importante grâce aux jeux vidéo, aux séries, aux mangas, aux films, aux produits dérivés et aux collaborations.

Bandai Namco a encore généré à lui seul l’équivalent de plusieurs centaines de millions d’euros de ventes annuelles autour de Dragon Ball lors de son dernier exercice fiscal. Ce chiffre illustre la capacité de la franchise à rester présente dans le quotidien des fans, bien au-delà de la diffusion d’une série ou de la sortie d’un film.

L’autre force de Dragon Ball réside dans sa transmission intergénérationnelle. Les trentenaires et les quarantenaires qui ont grandi avec Goku dans les années 1990 sont aujourd’hui parents. Une partie d’entre eux transmet cet univers à leurs enfants. C’est un mécanisme qui contribue déjà à la longévité d’Astérix en France ou de certaines licences exploitées par Disney.

La différence majeure reste cependant la propriété de la marque. Qiddiya ne possède pas Dragon Ball. Le complexe dépendrait donc d’un accord avec les ayants droit japonais, dont la solidité, le périmètre et la durée seraient déterminants.

Le Parc Astérix repose lui aussi sur une licence, mais avec un contrat historique offrant une exploitation particulièrement sécurisée sur le long terme. Pour Dragon Ball, la réussite du projet dépendrait donc autant de la popularité de Goku que de la capacité des différents acteurs à verrouiller juridiquement l’exploitation du parc sur plusieurs décennies.

 

Cergy-Pontoise, le pari de la destination touristique

 

Le choix du site de Mirapolis possède une vraie portée symbolique. Il rappelle aussi qu’un projet ambitieux ne suffit pas toujours à garantir le succès. Le parc ouvert dans les années 1980 a fermé après cinq saisons d’exploitation, notamment en raison de prévisions trop optimistes, de coûts importants et d’une fréquentation inférieure aux ambitions initiales.

La comparaison doit être relativisée, car le marché des parcs à thème, le tourisme francilien et les habitudes de consommation ont évolué depuis. Le précédent reste toutefois un rappel utile.

Pour éviter de reproduire cette histoire, le futur complexe devra proposer une expérience capable de justifier un séjour de plusieurs jours, avec des hôtels thématiques, de la restauration, des spectacles et des attractions suffisamment importantes pour transformer le site en véritable destination.

La présence de Disneyland Paris en Île-de-France, qui attire déjà des millions de visiteurs chaque année, rend la concurrence sérieuse. Mais trois parcs réunis sur un même site pourraient modifier l’équation. L’objectif ne serait pas seulement de concurrencer un parc existant, mais de créer une nouvelle destination touristique.

Le projet Dragon Ball France reste donc spectaculaire, mais encore fragile. L’investissement est annoncé, la volonté politique existe et la franchise dispose d’une vraie force intergénérationnelle. Toutefois, sans accord définitif des ayants droit japonais, sans chantier commencé et sans calendrier d’ouverture clairement établi, le parc n’est pas encore acquis.

S’il se concrétise dans de bonnes conditions, il pourrait devenir l’une des grandes destinations de loisirs européennes. Dans le cas contraire, il restera comme un projet ambitieux, annoncé avant même que son principal héros ait officiellement accepté l’invitation.

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